28.08.2007
Ce que l'on ne vous dira pas sur Frangy
Au-delà de l’analyse politique pure que tous les journaux n’ont pas manqué de faire, Frangy fut un « moment militant » d’une nature assez décevante. Pourquoi ? Parce que 16 h fut l’heure des interventions politiques. Et pour passionner le public, cinq député(e)s qui monologuent pendant une demi-heure, c’est long. Trop long ! Ils étaient limité(e)s à un quart d’heure paraît-il. Au final, chacun a largement dépassé son temps de parole pour endormir une foule de militant(e)s et de sympathisant(e)s en attente d’énergies, de passions et de transcendances. Assomé(e)s nous étions ! Par des discours sans fin, affaiblis par la chaleur. Il faudrait leur dire que cet exercice est chiant, improductif et lassant ! Qu’ils envoient des textes à lire par courrier ou par mail et qu'enfin une réunion politique, que dis-je, une fête politique ressemble vraiment à une fête.
Le contenu n’est pas en cause, loin de là. Simplement, le PS doit apprendre à lui associer la forme pour cesser, enfin, d’endormir la foule plutôt que de la stimuler. Si il faut dormir, autant que ce soit en rêvant un peu. Quand on prône la rénovation, le renouveau, il faut le traduire en acte ! Les réunions lors desquelles les élus, piètres orateurs, assomment les militant(e)s du récit lancinant de leur quotidien, s’expriment avec la ferveur d’un vieux curé de campagne qui n’y croit plus, ces réunions là devraient ne plus exister au Parti socialiste. Beaucoup sont fatigué(e)s d’avoir à subir le discours monocorde du politique qui prend du plaisir à exposer. Le temps des professeurs type 3ième République est révolu. Mmes et Messieurs les élu(e)s, celui de la lecture dépassionnée du discours à la tribune aussi !
Pour ce qui est de la rencontre de l’élu et de l’électeur, là encore, comment trouver une place au milieu d’une armée de journalistes à peine respectueux du citoyen lambda ?
Clichés (désolé pour les autres, je n'ai pas eu l'occasion de les flasher) :
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23.08.2007
Réponse à Denis Demonpion 2
Certain(e)s d'entre vous m'ont reproché d'être trop élogieux dans ma réponse à Denis Demonpion. C'est vrai, il a tremblé bien plus que je ne le laisse croire suite à son enquête sur les paradis fiscaux. Pour le reste, je maintiens ce que j'ai écris. Ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas critique à son encontre. Au contraire, je suis parfaitement lucide concernant sa capacité à "tuer". Pour tout dire, je me souviens du deuxième entretien que j'ai eu avec lui pour écrire sa bio. Il fut exécrable. Le genre de type qui vous démonte en une ou deux phrase si vous n'êtes pas au top le jour où il est fatigué ou contrarié. De toute évidence, ce jour là, je l'emmerdais. Il m'a fallu plusieurs jours pour m'en remettre. Montebourg a un tempérament de feu : un jour exquis, l'autre assassin. Pour autant, politiquement, il s'y tient. Il a surpris et déçu en soutenant Ségolène Royal mais l'avenir a montré qu'il ne s'était pas trompé. Et il le montre encore aujourd'hui par sa démarche d'ouverture. Je dis cela d'autant plus facilement que j'ai subi quelques mépris de sa part, quelques indélicatesses (me faire poirotter chez lui pendant trois quart d'heure alors que nous avions rdv, me snober un soir de débat participatif, pas sympa !). Si je devais le comparer à un mousquetaire, je choisirai Porthos. Oui, ça lui arrive de se comporter comme un sale con ! Et même de pratiquer la langue de bois - un certain soir - face à Yves Calvi sur une question à propos de DSK. Ou encore d'être mauvais, le même soir je crois, face à Rachida Dati sur l'immigration. Malgré cela, je respecte sa droiture politique.
Il faut savoir "tuer", paraît-il, pour réussir en politique. Montebourg peut être cinglant et humiliant. Quant à sa capacité à tuer, j'ai des doutes. Il fut tué plus facilement qu'il ne tua au congrès du Mans.
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19.08.2007
Réponse à Denis Demonpion
L'article : Les bonnes résolutions d'Arnaud Montebourg
16/08/2007 - Denis Demonpion - © Le Point - N°1822
A la tête des rénovateurs du PS, Arnaud Montebourg s’applique à lui-même les orientations qu’il défend pour son parti : changer d’image, de style et faire évoluer les idées. Rendez-vous à la Fête de la rose le 26 août pour apprécier la mutation de ce fidèle de Ségolène.
Arnaud Montebourg a pris une résolution : il veut devenir fréquentable. Lui qui est souvent apparu comme le trublion du PS travaille à sa mue. On l’a connu boute-feu, procureur, imprécateur. Chirac et Hollande en savent quelque chose. Le premier pour avoir été traité de « délinquant en puissance », le second pour avoir été présenté comme le « seul défaut » de Ségolène Royal. « C’était prémonitoire », note le député socialiste de Saône-et-Loire. Jospin, Premier ministre, n’a pas non plus été épargné.
Qu’il ait pu être excessif, Montebourg en convient. « Sincèrement, je me dis parfois : comment j’ai pu... C’est peut-être lié à la période blessante de l’éteignoir que Jospin avait mis sur le parti. » Ou bien serait-ce l’avocat qui sommeille en lui ? Premier secrétaire de la Conférence du stage des avocats de Paris en 1993, ce concours d’éloquence dont les lauréats ont été Raymond Poincaré, Léon Gambetta - qui fait son admiration pour avoir fait « trembler les bustes de l’Empire » - ou Georges Kiejman, il l’emporte sur le thème « Le domaine public est-il la propriété de chaque citoyen ? ». Il plaide la négative. Thierry Lévy, une pointure du barreau, est son maître de stage. « Il m’a tout appris. La Conférence est la seule école de rhétorique au monde, comme dans l’Antiquité romaine. C’est là que j’ai appris à convaincre. A la télé, ça ne passe pas, mais à la tribune de l’Assemblée, c’est très utile. » Le geste ample, l’intonation théâtrale, il en garde les défauts : l’emphase et un sens de la formule cinglante qui irritent ses détracteurs.
En 1997, à la suite de la dissolution, frais émoulu de huit années du barreau, où il s’est signalé dans un certain nombre de dossiers - de Christine Villemin à Christian Didier, l’assassin de René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy et intime de François Mitterrand -, cet avocat est porté par la vague rose sur les bancs de l’Assemblée. « On va bien rigoler », lâche-t-il alors.
Deux ans plus tôt, conseil d’une association de défense des contribuables parisiens, il a déstabilisé le Premier ministre, Alain Juppé, contraint de déménager pour s’être octroyé un appartement de la Ville de Paris à des conditions inférieures au marché. Ce coup d’éclat lui donne des ailes. A l’Assemblée, une commission d’enquête parlementaire sur les tribunaux de commerce est créée. Il en devient le rapporteur, n’hésitant pas à user des pouvoirs de police que lui confère son mandat pour faire amener par les gendarmes les juges consulaires récalcitrants. Du jamais-vu. Rebelote en 1999. Une mission parlementaire d’information sur la délinquance financière et le blanchiment de capitaux en Europe voit le jour. Là encore, Montebourg, qui juge les paradis fiscaux protecteurs de tous les trafics illicites, asticote Monaco, le Luxembourg, le Royaume-Uni. On frise l’incident diplomatique. Les affaires politico-financières battent leur plein. Le nom de Chirac est cité. Le député de Saône- et-Loire se démène pour que le chef de l’Etat soit mis en accusation devant la Haute Cour. Jospin ne suit pas. « Au fond de moi, je n’ai pas accepté ce choix stratégique », déplore Montebourg.
Se faire aimer, ne rien renier
Un vif contentieux dès lors les oppose. L’année dernière, avant qu’il annonce son ralliement à la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle, Montebourg s’en est expliqué avec Jospin, pendant près de deux heures, au Lutetia. Aujourd’hui encore, il déplore la « duplicité » des amis de l’ancien Premier ministre qui le soutenaient en sous-main, tandis que lui le barrait officiellement. Au nom de la cohabitation. Sans ce double jeu - « une erreur historique » -, Jospin serait passé en 2002. Montebourg en est convaincu. Mais on ne refait pas l’Histoire.
Le temps des querelles de boutique est révolu, l’heure est au « ressaisissement ». Un ressaisissement favorisé par la fuite des éléphants du PS. Pour certains vers le gouvernement. « De ce point de vue, Sarkozy nous a rendu service, admet Montebourg. Il a fait la démonstration de l’essoufflement politique d’une génération. Son projet inconscient, c’est d’abattre tout le système politique. Il a détruit le FN, l’UDF est en miettes, l’UMP, qu’il mène comme un âne à la férule, est écrasé par sa personnalité et le PS connaît une période dépressive. » Devant ce constat sans appel, le numéro deux du groupe socialiste à l’Assemblée, qui croit dur comme fer que le système partisan résistera in fine à la stratégie présidentielle, entend retrousser ses manches. Première étape de ce travail de rénovation le 26 août à Frangy-en-Bresse pour l’annuelle Fête de la rose, qu’il organise au coeur de sa circonscription. Parmi les cinq députés invités, toutes les sensibilités sont représentées. Il y aura Aurélie Filippetti et Gaëtan Gorce (ségolénistes), Sandrine Mazetier (strauss-kahnienne), Manuel Valls (hollandais), Philippe Martin (fabiusien). Que des membres du « shadow cabinet », ce mini-laboratoire chargé de « bâtir une nouvelle offre politique » sur le pouvoir d’achat, les retraites, la santé, la sécurité, l’immigration, l’Europe, la mondialisation. Des domaines que Montebourg sait gré à Ségolène Royal, dont il fut le porte-parole pendant la campagne, d’avoir dépoussiérés. Pour le reste, la défaite, les prises de position de la candidate battue, son ambition affichée pour 2012, il oppose un long silence. Un regard vers l’horizon : « Trop tôt. » Il n’aura cette fois pas de ces formules qui font mouche. « J’en abuse un peu. Il faut que je me calme. Je ne veux plus perdre un ami pour un mot. Les choses deviennent sérieuses. »
Montebourg va avoir 45 ans le 30 octobre. Il a une solide expérience. Excepté à la tête d’une collectivité locale. Toutefois, il ne se présentera pas aux municipales. Le mandat unique est sa règle. Il n’entend pas y déroger ni céder à la « pipolisation » de la vie publique. Intarissable quand il évoque le grand-père maternel, élevé dans le djebel algérien, banni, engagé dans l’armée française, avant de s’installer à Autun (Saône-et-Loire), où sa fille épousera le fils du boucher-charcutier du coin, un Montebourg dont Arnaud sera le fils unique, il se garde de toute confidence sur sa vie privée. « Rénover maintenant » le PS, selon l’intitulé de son mouvement, telle est la ligne qu’il s’est fixée. Il n’est pas seul. Une douzaine de fidèles le conseillent : des anciens ministres comme Yvette Roudy, des élus socialistes comme Thierry Mandon, un copain rencontré à Sciences po devenu député et maire de Ris-Orangis, Christian Paul, Jean Launay, d’autres encore : professeurs et communicants. Tous l’aident à polir son image, à ne plus céder à ce que Mandon appelle ses « espèces d’emportement ». « Arnaud a mis le doigt sur les vrais sujets, mais la forme dans laquelle il les a traités l’a un peu marginalisé. » L’objectif est donc triple : le faire aimer des siens, tempérer son style, ne rien renier sur le fond.
La réponse : "Cher confrère, ces résolutions ne datent pas d'hier. Frangy ne s'inscrit que dans la continuité d'une ligne politique qu'il tient depuis le début de son engagement : priorité aux idées et aux convictions. La gifle du Mans a montré sa capacité à tenir parole sur les grands principes. Comme les menaces de mort suite à son enquête parlementaire sur les paradis fiscaux, menaces qui ne l'ont pas fait trembler plus que cela. Vous avez raison de rappeler sa ligne de conduite mais vous auriez dû évoquer le texte signé par les 15 : "Rien ne pourra plus être comme avant". Tout est là pour saisir Frangy 2007. Parole de biograhe. Il lui reste maintenant à travailler son point faible le plus préjudiciable : l'organisation, la structuration à long terme. Quand vous avez saisi ça, vous avez saisi Montebourg dans ses forces et ses faiblesses. Au plaisir de vous rencontrer le 26."
RB
11:05 Publié dans Réagir | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.06.2007
Hallucinant !!!
Quelle stupeur hier soir d'entendre l'officialisation de la séparation de Ségolène et François. Franchement, était-ce vraiment le moment ?!! Certainement pas. Mme Royal, qu'est-ce qui vous pris ?! Où en est rendu le Parti socialiste ?
Je louais cette semaine son charisme de femme politique à l'un de mes plus proches amis. Aujourd'hui je tombe des nues. Cette annonce a plombé les débats déjà très lourdingues d'hier soir. J'ai bien failli éteindre plusieurs fois la radio pour ne plus entendre tous ces ténors socialistes s'enfoncer dans la médiocrité. La rénovation aurait dû être conduite dès 2002. Il n'en a rien été. Il ont tous (ou presque) signé la synthèse. Pauvre et triste gauche !
JE RENOUVELLE MON APPEL POUR UN CONGRES DU PARTI SOCIALISTE DES L'AUTOMNE 2007. A VOS PLUMES, A VOS CLAVIERS SOCIALISTES, GENS DE GAUCHE DE TOUTE LA FRANCE, EPRIS DE JUSTICE ET D'EQUILIBRE, SOYONS NOMBREUX ET NOMBREUSES A FAIRE CETTE DEMANDE. QUE LE PARTI SOCIALISTE RENAISSE DE SES CENDRES AVANT LA FIN DE L'ANNEE !
Comment faire ? Envoyez un mail à votre député socialiste, parlez-en à votre secrétaire de section, envoyer un recommandé à votre fédération... bref, employons rapidement tous les moyens possibles !
09:15 Publié dans Réagir | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
05.06.2007
"Presse qui roule..." 2
"Le président Sarkozy quitte Brégançon pour un footing."
Et alors ?...
Et alors il s'agit là d'une dépêche AFP !? Si si, une dépêche AFP. ça ne choque personne ? ça devrait ! Une dépêche AFP de ce genre est une première historique. Elle est tombée il y a quelques jours et en dit long sur l'ère médiatique qui s'annonce - qui a déjà bien commencé devrais-je dire. L'ère du vide, l'ère du vent, l'ère du frique... l'aire de rien, on y va. Et tout schuss ! Triste décadence. Quel politique osera mettre un jour son nez dans la vie des médias ? Non pas pour rétablir la censure, non pas pour les contrôler à son avantage, mais pour leur rappeler leurs devoirs. A celui-là, ou celle-là, je dirai RESPECT !
"Informer c'est éclairer sans chercher à faire plaisir." Albert Camus
Le 9 octobre 1945, la Fédération nationale de la presse française, organisation patronale, adopte une « charte de la presse » dans laquelle on peut lire : « La presse n'est pas un instrument de profit commercial, mais un instrument de culture ; sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain [art. 1er] [...] La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs [art. 3]. »
Les auteurs de ce texte étaient Albert Bayet et Claude Bellanger, deux représentants de la presse clandestine. On mesure facilement le fossé creusé entre la volonté de ces messieurs et notre misérable dépêche AFP.
22:00 Publié dans Réagir | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03.06.2007
"Presse qui roule..."
Cette semaine, coup de fil à Delphine Peras, journaliste à L'Express. Je lui parle de mon bouquin, je veux savoir si ça l'intéresse de faire un papier dessus. La réponse, en gros : "pas de polémique qui a suivi la sortie du bouquin donc pas de papier." Je lui avait pourtant filé mon numéro de portable quelques temps avant. Elle m'avait dit : "Je transmets au service politique et je vous tiens au courant." C'est moi qui est rappelé. Voilà où en est rendu la presse française : vendre du scandale, de la polémique. Y a que ça qui les intéresse. Mais... pardon, vous aviez déjà remarqué.
A la sortie du bouquin de Benhamou - une bio sur Montebourg aussi -, deux papiers dans L'Express à trois mois d'intervalle. Pourquoi ? Parce que polémique, parce que réaction violente du biographé, à raison. Tu parles !... le titre du bouquin : L'ambition à tout prix. Et une fin assez dégueulasse. En plus, Benhamou se plante sur le prénom de la fille de Montebourg. Beau travail ! Mme Montebourg n'a pas apprécié.
J'aurai dû titrer Le Fouteur de merde de la Bresse, peut être qu'ils auraient dénié m'accorder quelques lignes.
Coup de fil également à Sophie Landrin, du Monde, qui a fait un papier sur la marche de Pentecôte au Mont Beuvray. Je tombe sur le répondeur, je laisse un message et mes coordonnées. Pas de nouvelle.
Quelques jours avant, coup de fil au Journal de Saône-et-Loire (JSL). Je leur propose de faire référence au bouquin, histoire de rappeler un peu l'origine de cette aventure annuelle. Résultat : rien ! Il faut dire que le JSL a brillé par sa médiocrité à la sortie du livre. Boycott et omerta ont été ma récompense pour 1 an et demi de bons et loyaux services.
le seul qui m'ai fait honneur pour l'instant : Franz-Olivier Giesberg, qui présenta Le Mousquetaire de la Bresse à la fin de son excellente émission Chez FOG. Merci à vous cher FOG.
Les mauvaises langues diront que c'est le bouquin qui est mauvais. Ce n'est pas ce qu'en ont dit Bazin, Barbier et bien d'autres. Demandez à celles et ceux qui l'ont lu aussi.
C'est sûr, vous n'y trouverez pas de saloperies. Ce n'est pas comme ça que je conçois le métier de journaliste.
"Presse qui roule..."
19:30 Publié dans Réagir | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
29.05.2007
Montebourg et le Mont Beuvray
Avant les résultats des législatives 97, Montebourg et son suppléant Jean-Luc Vernay sont en voitures. Le moment est à l'inquiétude : en cas de défaite de son champion, JLV a beaucoup à perdre. En effet, il est maire de Mervans, élu depuis peu. Il sait qu'on lui fera payer son engagement auprès de Montebourg si celui-ci perd. "Pourquoi vous avez fait ça, on vous aimait bien", a-t-il entendu pendant la campagne par un de ses maires de droite par ailleurs suppléant du candidat-adversaire, lui-même président du conseil général de Saône-et-Loire. Sueur froide ! A l'époque, il ne faut pas s'écarter du "droit chemin" en bresse, territoire verrouillé par celui qu'on surnomme "le seigneur".
Inquiétude donc, qui lui donne une idée, histoire de ne pas se laisser abattre : "Si on gagne, on fait Mervans-Louhans à pied !" "Tope-là !" lui répond Montebourg du tac-au-tac. Ainsi naquit la traditionnelle marche républicaine qu'ils firent avec une bande de joyeux militants dès cette année 97.
Quelques années plus tard, cette marche annuelle deviendra celle du Mont Beuvray, à la Pentecôte. Clin d'oeil historique à l'escapade mitterrandienne sur la Roche de Solutré.
Beaucoup d'autres anecdotes dans Le mousquetaire de la Bresse. www.montebourglemousquetaire.tk
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22.05.2007
ça chauffe en Bresse !
Danjean-Montebourg réunis au stade de Louhans pour assister à un match de football de l'équipe locale contre Nîmes... quel tableau !
Oui, ils se sont serrés la main. Non, ils ne se sont pas parlés. Danjean a eu peur pour son équipe préférée : "Il va nous porter la poisse, lui que je ne vois jamais au stade !" Et oui, Louhans-Cuiseaux s'est incliné 2 buts à 3. Et oui, Montebourg n'aime pas le foot. Et alors...?
Le mousquetaire aura-t-il raison de son jeune adversaire ? Réponse très bientôt. En attendant, lisez Le mousquetaire de la Bresse".
www.montebourglemousquetaire.tk
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18.05.2007
La Femme Fatale BIS
Etant donnée l'affluence de ces derniers jours suite à la publication des extraits des mésaventures de Ségolène et François - près de 4 000 visiteurs en deux jours -, je me devais de revenir sur ce bouquin qui a de bonnes chances de faire partie des meilleures ventes de l'année. Faut-il le déplorer ou féliciter les deux auteures ? Les avis sont partagés.
Il reste que l'intrusion du journalisme dans l'intimité des personnalités politiques (ou autres) est, me semble-t-il, à condamner. Mais voilà... on ne peut pas nier les conséquences politiques lourdes des déboires conjugaux du couple en question et ne pas s'interroger sur le comportement franchement douteux de Julien Dray s'en allant rapporter des querelles de concubins aux journalistes.
Maintenant, je renverse le problème : ce bouquin n'est finalement qu'une conséquence d'une stratégie politique désastreuse du premier secrétaire du PS. Hollande a commis deux erreurs graves. La première en jouant la carte de la synthèse au dernier congrès du PS contre celle de la rénovation, et cela uniquement dans la perspective de la présidentilelle. Ce fut l'union à tout prix, au prix des idées aussi. La seconde fut de ne pas démissionner suite à la désignation de Ségolène comme candidate du PS. En voulant défendre l'orthodoxie socialiste envers et contre tout, il fit le lit du 6 mai 2007 et de ses conséquences. Il faut savoir partir quand il est encore temps.
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16.05.2007
La Femme Fatale
Ségolène, François et les autres..
Où en sont les relations entre la candidate socialiste et son compagnon, le premier secrétaire du parti ? Dans un livre à paraître chez Albin Michel le 11 mai, les journalistes Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin dévoilent les secrets politiques et intimes de la campagne. Bonnes feuilles
Depuis la fin de l'automne 2005, elle appelle leurs amis les uns après les autres. « Tu as vu les sondages ? Ceux de François ... Les miens... » [...] Si Ségolène les soumet à cette petite analyse comparative des cotes de popularité respectives de son couple, c'est qu'elle veut qu'ils choisissent. Entre elle. Et lui. Entre le copain qui les fait rire et les enthousiasme depuis si longtemps. Et celle que tous ont connue silencieuse et discrète et qu'ils observent prendre maintenant son envol.
Eux seuls savent qu'elle ne réclame pas seulement un choix politique. Au sein du Parti socialiste, personne n'a compris la tempête qui secoue le couple. L'orage couvait, il a éclaté juste après le congrès du Parti socialiste qui s'est tenu au Mans, en novembre 2005. C'est un congrès difficile et François Hollande y est arrivé comme un convalescent. Le PS est déchiré depuis le référendum sur la Constitution européenne du 29 mai, et son chef, qui défendait ardemment le oui, est franchement ébranlé. Au Mans, il a donc dû déployer tout son art du compromis pour se maintenir à la tête du parti, composer une synthèse politique entre les courants socialistes et paralyser ses rivaux, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et le NPS du remuant Arnaud Montebourg. « C'est le moment de François », a répété pendant le congrès Ségolène Royal, espérant qu'après cette ultime synthèse son compagnon songera enfin à rénover son parti et à incarner la nouvelle génération socialiste. ![]()
De retour à Paris, c'est pour remercier les deux hommes qui l'ont aidé à réaliser sa synthèse que Hollande invite à dîner, chez Lipp, Julien Dray, son ami de vingt-cinq ans, et François Rebsamen, le numéro deux du parti. Le téléphone mobile du premier secrétaire vibre ; il y répond en chuchotant et quitte prématurément la table à 22 h 30, sans explication, laissant seulement sa carte Bleue à ses invités, pour qu'ils puissent régler l'addition. Ségolène Royal cherche un peu plus tard à le joindre, sans succès ; elle appelle alors Dray et Rebsamen, croyant toujours François avec eux... Dans un couple, on ne sait jamais pourquoi, un nouveau geste, une absence imprévue ressemblent un jour à une trahison insupportable. Les deux bras droits de François Hollande sont en tout cas les témoins involontaires d'une querelle intime. Et les acteurs implicites, dès ce jour, d'une aventure politique inédite. [...]
Le choix de Dray
Dray est l'ami du couple depuis vingt-cinq ans. L'été, ils ne cessent de se voir, sur la Côte d'Azur où Dray possède une maison à Vallauris, pas très loin de Mougins. Jusquelà, il paraissait clair qu'il se sentait plus proche de François. Ses amis l'ont même entendu lancer à plusieurs reprises, dans une drôle de boutade : « Si Ségolène est candidate, je m'exile en Israël . » Il n'est pourtant pas si éloigné d'elle. Depuis qu'il est devenu l'un des experts de la sécurité de son parti et rêve de devenir ministre de l'Intérieur, il s'affiche comme un adepte du retour à l'ordre et à l'autorité en des termes qu'elle ne renie pas. L'amitié, cependant, demeure, à ses yeux, une affaire d'hommes et, solidarité masculine oblige, il juge bien souvent Ségolène passablement « casse-couilles ». [...] Alors que Dray espérait devenir numéro deux du PS, son ami [ François Hollande ] lui a préféré François Rebsamen, plus solide, mieux organisé. Enfin, alors qu'il insistait pour écarter de la direction du parti le héraut du non Laurent Fabius, Hollande a choisi tout l'inverse et l'a fait revenir dans le jeu. ![]()
« François a un problème psychologique : il ne tranche jamais, répète depuis Julien Dray. Il compose toujours, il ne fait jamais preuve d'autorité . Il ne sait pas tuer. »
En cet automne 2005, Dray n'ignore évidemment rien des tensions du couple. Aux premières loges, il a vite compris que la crise conjugale prend un tour politique. A la mi-décembre, Ségolène l'invite dans son bureau à l'Assemblée nationale et lui explique : « Il faut que tu m'aides . » Soit. Doucement, « Juju » entreprend de préparer François à l'impensable. « Ecoute, pour l'instant , elle est portée , explique-t-il . Ne te mets pas en travers de sa route. Soit cela marche pour elle, et tu ne pourras pas faire autrement que de l'aider . Soit cela se dégonfle , et elle te passera le bâton pour que tu prennes le relais . » [...]
Depuis qu'il s'est retrouvé projeté dans un conflit conjugal qui n'est pas le sien, il [ Julien Dray ] a compris qu'il a gagné un nouveau pouvoir. Conseiller en sentiment autant qu'en stratégie politique, il a d'abord navigué de Ségolène à François pour tenter d'arranger les choses. Maintenant, il va de François à Ségolène dans une stratégie sensiblement inverse. Iago shakespearien du drame qui se joue, il souffle sur les braises comme s'il avait saisi que la trahison privée agirait comme un vigoureux poison sur les ambitions politiques. Il ne cesse plus, désormais, de s'étonner tout haut devant Ségolène des ambiguïtés de son compagnon. « François a du mal à s'effacer ... C'est à croire qu'il veut te faire perdre... » [...]
Hollande s'entête pourtant. Sa propre compagne est plébiscitée par les sondages, applaudie par les militants, rejointe par un nombre croissant de cadres du parti, et lui pense toujours à un candidat dont personne ne veut [ Lionel Jospin ] . Alors Julien Dray, confondant comme à son habitude tous les registres, se charge d'être plus brutal. Hollande veut gêner Ségolène ? Le député, l'ami du couple passé avec armes et bagages dans le camp Royal, s'en va expliquer discrètement aux journalistes, avec des airs de conspirateur et un ton de conseiller conjugal, que la crise est désormais ouverte entre Royal et Hollande. « Ségolène tient une grenade dégoupillée à la main, assure-t-il . Elle lui a dit : “ Si tu vas chercher Jospin pour me faire barrage, tu
ne reverras jamais tes enfants !” » [...]
« Tu ne me parles pas comme ça ! »
Depuis qu'il a choisi d'aider Ségolène, Julien Dray s'exaspère de l'influence que conserve encore son compagnon. Il veut entretenir avec elle un rapport d'exclusivité, comme celui qu'il avait lui-même établi, autrefois, avec Hollande. Il a choisi Ségolène contre François, il aimerait que Royal consacre son choix en prenant à son tour ses distances politiques avec le premier secrétaire. « Elle n'ira pas dans le Pas-de-Calais ! Elle est crevée et on n'en a rien à foutre du Pas-de-Calais », lance donc « Juju ». « C'est important pour le parti », réplique Hollande, agacé. Dray, soudain désinvolte à l'égard de son ancien patron, rétorque en criant : « C'est important pour TOI, tu veux dire ! »
Cette fois, il a franchi une limite. Hollande redevient François. « Tu arrêtes maintenant ! Tu ne me parles pas comme ça ! Allez, dégage , dégage ! » C'est tout à coup l'homme qui parle, plus le premier secrétaire. Pour un peu, il en viendrait aux mains, lui qui se contrôle habituellement : « Je ne te supporte plus ! C'est toi qui génères toutes les difficultés ! » Il faut parfois des scènes violentes, des cris, des corps-à-corps, pour que des évidences vous sautent à la figure. Ségolène Royal comprend qu'on lui demande de trancher. Elle met fin au supplice et à l'ambiguïté. « J'irai dans le Pas-de-Calais . » Plus tard, à ceux qui s'interrogent sur cette bruyante dispute, elle explique : « Il faut comprendre ... Ce n'est pas facile pour François . »
Ce n'est pas facile, en effet. Depuis son investiture par le Parti socialiste, elle ne lui a rien épargné. Elle a d'abord choisi pour porte-parole Arnaud Montebourg, un beau parleur capable de séduire les électeurs du non, mais l'un des plus vifs adversaires du premier secrétaire du Parti socialiste. L'entourage de François Hollande s'en est offusqué. En vain. Ils n'avaient pas tort. Le 17 janvier, les directeurs de campagne envoient Montebourg sur le plateau du « Grand Journal », sur Canal +. « Quel est le plus gros défaut de la candidate ? » , lui demande-t-on. Le porte-parole réfléchit : « Ségolène Royal n'a qu'un seul défaut : c'est son compagnon. »
Depuis quelques jours, justement, la campagne de Ségolène Royal connaît des ratés. Au « 2-8-2 », Natalie Rastoin et Sophie Bouchet-Petersen râlent tous les jours contre ce chef de parti qui ne veut pas jouer les figurants et qui, au fond, pense « vieux ». Montebourg n'a fait que répéter tout haut ce que, toute la journée, on murmure autour de lui.
Quelques heures après son « bon mot », alors que le député de Saôneet-Loire l'appelle, un peu ennuyé, la candidate n'a d'abord qu'une réaction : « Tu lui mettras un petit mot pour t'expliquer , ça ira bien comme ça ... » Mais le patron du PS ne l'entend pas ainsi. Et encore moins le directeur de son cabinet, Stéphane Le Foll. Il lui faut une sanction.
« Tu ne dois pas me laisser insulter par ton porte-parole ! », proteste Hollande. Contrariée par la colère de son compagnon, Ségolène Royal décide de « suspendre » Arnaud Montebourg pendant un mois. Comme, au fond, on exclut quelques heures de la classe un élève impertinent.
Au « 2-8-2 », on raille désormais la susceptibilité du compagnon, en plus de son conformisme. « Il ne comprend rien à ce qu'elle est en train de faire », répète Sophie Bouchet-Petersen. « Franchement, il ne lui donne que de mauvaises idées », renchérit Julien Dray. « C'est un conseiller parmi d'autres », veut croire Jean-Louis Bianco. « Il voudrait tout diriger », constate François Rebsamen. Ségolène Royal sait que la rue de Solférino tente désespérément de contrôler ceux qui portent ses couleurs. Gaucherie ? Pudeur ? Elle s'agace d'entendre François s'adresser à elle par médias interposés, comme Lionel Jospin le faisait avec Mitterrand. Comme s'ils n'étaient rien d'autre qu'un premier secrétaire et une candidate lambda... [...]
Comment comprendre, en effet ? Ce couple est un mystère, et, pour Hollande, le sujet est tabou. Ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent. Devant les journalistes, les hiérarques du PS prennent des airs de conspirateurs ou de médecins compatissants : « Bon, et puis il y a... enfin vous savez... » ; « Je ne veux pas parler des problèmes du couple qui se surajoutent au reste et que vous connaissez... » ; « Evidemment, vous vous doutez bien que cela compte beaucoup, mais on ne peut pas en discuter... » ; « Cela s'ajoute à ce que vous savez... » Par son silence, François Hollande alimente lui-même le débat qu'il redoute. Interrogé le 19 novembre 2006 par les lecteurs du « Parisien », il avait laissé entendre que l'après-victoire se ferait probablement sans lui : « Si Ségolène Royal est élue , où allez-vous habiter ? - Chez moi ! » Le 5 avril, sur RTL, il explique que, le 6 mai, si la victoire est au rendez-vous, il fera « la fête » . Et après ? « Je serai député si les électeurs en décident ainsi. Et autrement... je vivrai ma vie. »
Il n'a jamais admis qu'elle s'épanche publiquement sur leur intimité, qu'elle ose le demander en mariage par médias interposés. En mars, Ségolène écrit pourtant dans « Maintenant », son livre d'entretiens avec une journaliste de « Elle », Marie-Françoise Colombani : « Oui, nous sommes toujours ensemble, et oui, nous vivons toujours ensemble. » Mais c'est aussitôt pour accuser « l'entourage » de son compagnon d'avoir « dissuadé » François d'accepter « un mariage en pirogue, à l'autre bout du monde, par crainte du ridicule . Moi, je crois que la crainte du ridicule, il faut s'asseoir dessus quand on a envie de saisir un bonheur inattendu qui passe. Mais bon, je n'ai pas insisté . Nous n'avons pas besoin de cela pour nous aimer. » La mise en scène le ridiculise et le blesse. Pour parade, à France-Inter qui l'interroge, il affirme : « Je n'ai pas lu le livre de Ségolène . » Comment le croire ? [... ]
Seuls ceux qui les connaissent peuvent oser la question. Fin mars, Jacques Delors, statue du Commandeur du couple qu'il a longtemps couvé avant que celui-ci ne le délaisse, déjeune avec la candidate. Au menu, bien sûr, la politique et l'Europe. A l'heure du dessert, l'ancien président de la Commission européenne se risque sur le sujet qui brûle depuis des semaines ses lèvres et celles de ses amis. « Mais que se passe-t-il avec François ? » Ségolène rit sans répondre. « Il regrette toujours de ne pas s'être présenté ? » La candidate jette alors cette réplique cinglante : « Il ne pouvait plus le faire. A force de tergiverser et de truander les autres... » Jacques Delors n'a pas insisté.
Chevènement , le mentor
François Hollande n'en peut plus. Devant le secrétariat national qui est censé diriger son parti - et la campagne -, mercredi 11 avril, le patron du PS gronde : « Ce n'était pas la peine d'envoyer Chevènement à Europe 1, parce que le vote de son parti nous est acquis. Et ce qu'il a dit hier, ce n'était pas la bonne tonalité pour la campagne. Vraiment pas. » Le jeudi, « le Parisien » rapporte dans un écho un des agacements de Hollande : « Il fait fuir les bobos ! » [...] Après la débâcle de 2002, le secrétaire national du PS se croyait enfin débarrassé du fondateur du Ceres. Les 5, 33 % recueillis par le « Che » à l'élection présidentielle de 2002 sonnaient comme une fin de partie. [...]
Mais voilà. Contre l'avis de son compagnon, Ségolène Royal a brisé la fameuse « fatwa » dont le « Che » se disait victime de la part de Solférino. Elle en a fait sa « voix », son « porte-parole ». [...] L'été 2006, il [ Jean-Pierre Chevènement ] comprend que c'est Ségolène Royal qui risque d'être investie. Un jour d'août où il nage au large d'une plage de Belle-Ile, il lâche entre deux brasses, au large d'un rocher, à l'ami qui l'accompagne : « Avec Ségolène , qui est si mal organisée , est-ce que tu ne crois pas que c'est l'endroit où on pourrait le mieux peser ? » Dès son investiture, le rapprochement se mène en secret. [...] Rallier un homme, pour Chevènement, aurait été difficile. Aider cette femme qui aime l'ordre, qui porte son élégance bien droite, encaisse tous les coups sans faillir et - last but not least - a fini par prendre la place de François Hollande lui convient. L'intérêt bien compris de Chevènement rencontre celui de Ségolène Royal. La candidate, ce n'est pas un mystère, se méfie du PS. Elle veut organiser sa campagne avec ses propres troupes. Or voilà longtemps que sa propre équipe, au « 2-8-2 », boulevard Saint-Germain, ne suffit pas à faire face aux demandes. Il lui faut des arguments et des plumes. [...] En janvier 2007, Jean-Pierre Chevènement réunit les experts qui depuis toujours travaillent pour lui. « On attend les propositions de la candidate. Il faut donner du fond à la campagne », leur explique-t-il. Puis, durant la dernière semaine du mois, il réunit dans ses bureaux rue de Bourgogne cinq hauts fonctionnaires qui forment l'ossature et le gros des troupes du MRC. « Vous savez écrire des discours. Il faut aider Ségolène . » [...] Ce staff de hauts fonctionnaires sexagénaires la rassure. Leur dévouement la comble. [...] Rien ne vient contrarier cette nouvelle alliance. Et surtout pas celui dont la détestation unit ses deux anciens ministres. « Jospin n'arrive toujours pas à comprendre comment j'ai pu avoir Chevènement », a-t-elle raconté un jour à un BHL stupéfait. Sollicité au téléphone par la candidate, l'ancien Premier ministre se montre très clair : il ne sera du pack des treize poids lourds de la campagne que si son ancien ami et ministre n'y figure pas. Mis au parfum, le « Che » rapporte immédiatement la nouvelle et ironise sur son blog sur la « fixation malheureuse » de Lionel Jospin et son « incapacité persistante à analyser les causes de son échec . Le fait que seulement 11 % des ouvriers aient voté pour lui le 21 avril 2002 devrait le faire réfléchir davantage . Cette approche moralisante des problèmes politiques permet peut-être de préserver un certain capital narcissique »...
Il s'en fiche. 2007, c'est sa revanche sur 2002. Le comité des « treize » ne s'est pas réuni, alors que lui a gagné un bureau boulevard Saint-Germain ! Promu « conseiller spécial », il s'affiche derrière elle dans les grandes émissions de télévision, et, dans l'ombre, s'impose sans jouer des coudes. Elle finit par le placer toujours à sa droite, l'interroge avec respect. Comme le dimanche 4 mars, à la veille d'une rencontre avec la chancelière allemande, où elle bavarde pendant le topo d'Elisabeth Guigou, mais écoute en silence le président du MRC expliquer qu'il faut « se méfier d'Angela Merkel » et de ces « Allemands qui ne croient qu'aux capitaux privés » pour Airbus.
BHL, le coach
« Dès que j'ai le dos tourné , elle recommence ! » Bernard-Henri Lévy a filé de Francfort au Canada, ce lundi 26 mars. Il a pris connaissance avec un peu de retard des propos que la candidate socialiste a tenus durant le weekend à Marseille, où, après avoir fait entonner « la Marseillaise » aux militants rassemblés sous le Dôme, elle a jugé que « tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore » . [...] « Je lui avais dit : libérez-vous , soyez vous-même . C'est réussi ! », peste le philosophe. Il ne sait pas - mais qui le sait ? - que quelques mois auparavant, pour son congrès extraordinaire d'investiture le 26 novembre, Ségolène a déjà réclamé la présence de drapeaux tricolores. Le Marseillais Patrick Mennucci en avait fait rentrer des centaines, pour que la Mutualité tout entière fête la victoire dans la liesse. Mais Olivier Faure, le directeur adjoint de cabinet de François Hollande, en a eu vent. Et, grâce au premier secrétaire, les drapeaux n'ont jamais été déballés de leur caisse et ne sont jamais sortis du camion.
BHL décroche son téléphone. « C'est peut-être tactiquement utile, je ne suis pas juge de ces considérations , dit-il à Ségolène Royal. Mais ça me déplaît profondément . C'est dans l'air mauvais du temps », râle le pourfendeur de « l'Idéologie française ». [...] Il est fâché, mais pas brouillé. Il la voit élue, il a gagné sa confiance, il ne veut pas perdre son nouveau rôle d'influence. Car BHL est devenu en quelques semaines l'un des confidents de Ségolène Royal. Qui sait que, depuis janvier, le philosophe et la candidate se téléphonent plusieurs fois par jour ? Avant chaque émission de télévision, elle le consulte. Après chaque meeting, elle l'appelle. En cas d'urgence et de grosses turbulences dans le ciel de la campagne, il la reçoit à l'improviste chez lui, boulevard Saint-Germain, sur le même trottoir et à quelques numéros de son siège de campagne. [...]
En quelques mois, l'intellectuel a gagné son amitié. Il lui lit de la poésie - elle n'a pas l'habitude -, lui envoie la réalisatrice Josée Dayan pour un coup de main sur ses spots de campagne officielle. « Seule une femme, explique-t-il , sait filmer les femmes. » Il devine les fatigues d'une campagne, les lassitudes, les angoisses, et la complimente gentiment. N'a-t-il pas vanté dans une chronique son « étonnante fraîcheur », son « long et joli cou » ? Un jour, il se permet de lui recommander un chignon, qu'elle porte le lendemain dans le studio d'Europe 1. A quelques proches, Bernard-Henri confie parfois : « Elle est très seule. Y compris sentimentalement. »
L'hiver 2006 encore, ils ne se connaissaient pas. Bernard-Henri Lévy représente tout ce que la candidate déteste a priori. Riche bourgeois parisien, ami des puissants, homme de réseaux et de Saint-Germain-des-Prés... Un grand savoir et une culture aux antipodes de la sienne. Ségolène Royal n'est pas une intellectuelle. Elle va de temps en temps au théâtre - François Hollande, lui, s'y ennuie -, joue du piano, a gardé une éducation traditionnelle de jeune fille bien élevée. Mais sa culture, c'est celle de l'ENA, un savoir volontiers achronique et sans histoire. C'est aussi la télévision, dont, comme Nicolas Sarkozy, elle est la fille. « Je ne lis jamais de romans », a confié un jour le premier secrétaire du PS à « Paris Match ». Ségolène Royal non plus, mais, à la différence de son compagnon, elle n'aborde que très peu d'essais et jamais de philosophie. [...]
L'intéressé n'est pas non plus emballé par cette étrange candidate. [...] Le 28 janvier, dans « le Parisien », le philosophe s'emporte : « De ma vie, je n'ai jamais vu campagne aussi médiocre [...] . Avec la meilleure volonté , il est difficile de ne pas se poser des questions. Que veut-elle ? Quel est son projet ? Quelle vision du monde a-t-elle pour traiter avec tant de désinvolture la question de la souveraineté nationale sur la Corse ou pour louer en Chine la “ rapidité”de la justice ? » [...] On ne parle alors que du « trou d'air » que traverse la candidate, des bourdes qu'elle enchaîne. Et, pour la première fois, Ségolène Royal doute en privé de sa victoire. Le Paris germanopratin est parti aux sports d'hiver, et c'est le moment que saisit BHL pour l'écouter et lui témoigner son soutien. [...] En ce début février, à l'époque où la candidate socialiste est au plus bas dans les sondages, elle dîne donc avec BHL. [...]
Elle est sans fard, ne minaude pas. A minuit passé, comme tant d'autres, il est séduit. On le devine dans le récit qu'il en dresse dans « le Point », le 8 février, mais aussi dans la presse américaine, où il raconte par le menu son « dinner with Ségo ». François Hollande est outré du procédé, et, évidemment, de la mise en scène galante de cette rencontre. Elle pardonne. On la comprend. Sur l'Europe, sur l'Iran, le philosophe la trouve « bien plus pertinente, franchement, qu'on ne l'a écrit ». Et de conclure : « Je la quitte, toujours perplexe, mais avec le sentiment qu'on a peut-être été injuste - moi le premier - avec cette femme ; et qu'elle ne ressemble guère , en tout cas, à l'image qu'elle s'est donnée . »
© Albin Michel
Le Nouvel Observateur
Alors, dérive people et mercantile de deux journalistes du très sérieux Monde, ou vrai bouquin d'information ?
Je penche pour la première assertion. Pourquoi ? Parce que si un homme avait écrit ça, il verrai en ce moment le ciel lui tomber sur la tête, à raison ! Sous prétexte de conséquences politiques, Bacquet et Chemin se sont visiblement prêtées à un jeu pas très sain. Celui du grand débalage sans égard pour qui que ce soit, ni même les enfants du couple. Oui, ces enfants là ont aussi le droit d'être protégés.
L'exploitation médiatique, à charge, des faiblesses des personnalités est à mon sens bien peu ragoûtante. Nous allons vraiment finir par faire aussi bien que les tabloïd anglais. Merci mesdames de montrer le chemin !
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